Alexander TIKHONOV. Nouveau contrat social

Alexander TIKHONOV

chef du Centre de sociologie de la gestion et des technologies sociales de l’Institut de sociologie de l’Académie des sciences de Russie, docteur en sciences sociologiques, professeur

Andrey MERZLYAKOV
chercheur en chef du Centre de sociologie de la gestion et des technologies sociales de l’Institut de sociologie de l’Académie des sciences de Russie, candidat des sciences sociologiques

Vladimir BOGDANOV
chercheur en chef du Centre de sociologie de la gestion et des technologies sociales de l’Institut de sociologie de l’Académie des sciences de Russie, candidat des sciences sociologiques

Influence du projet de rénovation immobilière sur la vie sociale de la ville

La rénovation d’un énorme ensemble des immeubles de quatre étages dans l’intérêt des citadins est une des plus importantes tâches sociales et d’urbanisme dans tout l’histoire de Moscou. La mise en œuvre du projet repose avant tout sur un travail intensif de l’ensemble d’urbanisme de la capitale dans tous les districts où l’on prévoit de démolir les bâtiments vétustes ou obsolètes et de reloger un grand nombre de familles dans des meilleures conditions de vie. Mais en fait, il s’agit non seulement de l’amélioration des conditions de vie, mais d’une intervention importante, même avec les meilleures intentions, dans la vie des millions des gens avec leurs destins et leurs plans pour l’avenir.

C’est un processus social très compliqué, et il ne peut pas aboutir sans tenir compte des intérêts de la ville et des citadins. À cet égard, il est logique que le sujet de notre étude ne soit pas seulement l’attitude des citoyens à l’égard de la rénovation du parc immobilier, mais les relations sociales entre la population et les autorités municipales de Moscou.

Le point clé de ces relations est que la rénovation est non seulement la plus grande tâche d’urbanisme, mais en même temps la révision du «contrat social» symbolique conclu entre les autorités et la population à l’époque de Khrouchtchev, où les problèmes du droit sont étroitement liés aux questions de justice sociale. L’approbation du programme de rénovation a fait renégocier le contrat dans les nouvelles conditions historiques.

Toute entente publique est basée sur la reconnaissance par la société et par le pouvoir d’une hypernorme à peine perceptible, qui incarne le modèle d’un ordre public juste. La divergence des points de vue et des attitudes dans une situation socio-politique réelle avec ce modèle entraîne des tensions et des dépenses supplémentaires. Si on le voit pas et on ne le prend en compte à temps, l’opinion publique reconnaît rapidement les actions des autorités au mieux comme incompétentes, et au pire – égoïstes, visant principalement à satisfaire leurs intérêts personnels ou les intérêts des groupes d’élite proches du pouvoir.

Le nouveau projet de rénovation est précisément ce qui apporte dans les relations sociales entre les Moscovites des changements à expliquer non seulement du point de vue de leur faisabilité économique, mais aussi du point de vue du bien public et de la justice sociale. Ceci, bien sûr, est un test sérieux pour toute la verticale administrative de la ville, et puisque Moscou est simultanément la capitale d’un grand pays – pour l’état russe. Le programme de rénovation du logement est devenu un sujet clé sur l’ordre du jour de Moscou, car il ne concerne directement les intérêts que de plus d’un million d’habitants.

En août 2017, nous avons commencé à étudier l’attitude des Moscovites envers ce programme. L’étude a été menée par sondage téléphonique, au cours duquel on a interrogé 1 200 personnes. L’erreur statistique ne dépassait pas 3%. Le niveau de sensibilisation parmi les répondants était de presque 100%. Il est important que presque 80% des répondants ont donné leur approbation totale ou partielle de l’idée et du programme de rénovation. L’intérêt pour le programme est confirmé par la connaissance des documents réglementaires. Plus d’un tiers des répondants avaient déjà pris connaissance avec la Loi sur la rénovation et encore 37% prévoyaient d’en prendre connaissance. Même pour la région de Moscou, il s’agit d’un indicateur incroyablement élevé de la connaissance des actes réglementaires. Il y a aussi ceux qui ont voté pour l’inclusion dans le programme et ceux qui sont contre.

Les principales raisons de voter «pour» se sont:

  • Nombreux sont ceux qui reconnaissent que les immeubles à démolir sont vétustes et se trouvent en état d’urgence, qu’on y manque de commodités modernes;
  • Des autres attendent des améliorations significatives de l’aménagement des territoires adjacents et l’émergence d’un environnement urbain de qualité;
  • Nombreux sont ceux qui considèrent la rénovation comme une chance d’augmenter la taille de l’appartement, d’agrandir l’espace de vie, de vivre dans un appartement avec un plan plus confortable.

Les principaux motifs pour voter «contre» sont:

  • De nombreux résidents ne sont pas sûrs de recevoir un appartement dans le quartier de résidence; ils ont peur de déménager dans d’autres quartiers, y compris au-delà du périphérique de Moscou;
  • Il est également alarmant que le programme inclut également des maisons que les résidents considèrent comme n’étant pas en situation d’urgence, mais tout à fait habitables (bâtiments «Stalinskié» et des immeubles de neuf étages);
  • Des maisons seront également démolie qui avaient été remises à nef il n’y a pas longtemps, ce qui remet en question la nécessité de les démolir et de déménager dans une nouvelle maison.

Passons directement aux groupes cibles étudiés. Le premier groupe se compose de résidents des maisons incluses sur les listes préliminaires pour la rénovation et qui ont voté pour la réinstallation dans les nouveaux immeubles résidentiels. Pour ce groupe, le problème de l’état d’urgence des maisons dans lesquelles ils vivent est important et pertinent. C’est surtout l’espoir de le résoudre qui a incité la population à voter pour la participation au programme et à engager une interaction plus active avec les autorités pour inclure leurs maisons dans les listes définitives du programme de rénovation. Ce groupe se caractérise également par un niveau de confiance plus élevé (par rapport aux autres groupes) envers les autorités et les professionnels engagés.

Le deuxième groupe se sont les résidents des maisons incluses dans les listes préliminaires de rénovation, mais qui ont voté pour quitter le programme, empêchant ainsi la démolition de leurs maisons. Près de 70% des représentants de ce groupe ne reconnaissent pas leur logement comme vétuste. Selon les résultats de l’étude, ce groupe montre (par rapport aux autres) l’attitude la plus négative envers le programme de rénovation et il est prêt à défendre sa position par tous les moyens, y compris. prendre part à des piquets et des rassemblements afin de préserver leurs maisons de la démolition.

Le troisième groupe est constitué des résidents des maisons qui ne figuraient pas dans les listes préliminaires de rénovation, mais qui souhaitaient que leurs maisons y furent incluses. Près de 90% des représentants de ce groupe considèrent que leur maison soit vétuste et impropre à l’habitation. Leur souhait de participer au programme de relogement est dicté par le fait que malgré le fait que, selon les caractéristiques formelles et les paramètres leurs maisons ne passent pas au programme, ils y voient une réelle opportunité d’améliorer leurs conditions de logement. Les résidents expriment un niveau élevé d’approbation du programme et, en même temps, ils ont une activité sociale élevée (en termes d’activité, ce groupe est comparable à celui aux attitudes négatives des résidents).  Ils ont indépendamment mené des travaux préliminaires actifs sur la préparation de toute la documentation nécessaire pour préparer et formuler la requête d’inclusion dans les listes du programme. Ils sont les partisans les plus actifs du programme.

Le quatrième groupe se sont les résidents vivant près des quartiers démolis. Selon leurs attitudes sociales et leurs humeurs, ils peuvent être attribués à un groupe de protestation latente. Malgré l’absence d’intérêt manifeste au programme de rénovation, c’est ce groupe qui s’attend le plus à subir les conséquences négatives de sa mise en œuvre: détérioration de l’environnement et du transport public, augmentation du trafic et pénurie de places de parking disponibles. Si les résidents qui souhaitent d’être inclus dans le programme de rénovation sont actifs, ceux qui vivent dans les maisons voisines sont passifs en termes d’expression de leur position civile. Cependant, cela ne veut pas dire que les organisateurs de la rénovation ne doivent pas travailler avec ce groupe du point de vue d’information.

L’étude des canaux de l’information des habitants permet de noter une particularité extrêmement importante. Parmi les groupes cibles, on n’a pas trouvé de différences significatives dans l’utilisation des sources d’information sur le programme de rénovation. Mais en même temps, en comparant les canaux d’information en ligne et hors ligne, on peut noter la forte demande pour ceux de premier type, à savoir les sources Internet (réseaux sociaux, forums, nouvelles, etc.). Si on voit les canaux selon les groupes d’âge, alors seulement parmi les résidents de plus de 55 ans les canaux d’information hors ligne prédominent (journaux, télévision, radio, etc.). Pour toutes les autres catégories d’âge, il existe un avantage significatif dans l’utilisation des canaux de communication en ligne. Même dans le groupe des 45–55 ans, les indicateurs d’utilisation des canaux Internet se sont révélés supérieurs à la moyenne d’environ  de 10–20%.

Pour résumer les résultats de l’étude, il convient de mentionner un certain nombre de propositions constructives exprimées par les répondants, qu’il est souhaitable d’observer lors de la mise en œuvre du programme de rénovation. Après l’analyse, on peut conclure que les souhaits fondamentaux portent sur trois thèmes principaux: la construction de logements de qualité, le respect des droits civils et l’instauration d’un dialogue entre les autorités et les relogés. Si le premier sujet concerne la qualité des futurs logements, leur aspect écologique, l’insonorisation, l’accessibilité au transport, les autres souhaits nous ramènent plutôt au sujet du «contrat social» soulevé dans l’introduction à l’étude.

L’attention est attirée sur le fait que, dans son écrasante majorité les Moscovites se montrent ouverts au dialogue avec les autorités. Et en même temps, si nécessaire, ils démontrent leur intention de défendre leurs positions, ce qui démontre la conscience de leur droit à lire de manière indépendante ce contrat.