Marat KHOUSNOULLINE. Elargir les opportunités pour les citadins

Marat KHOUSNOULLINE

Le Vice-Maire, responsable des Services de politiques urbaines et d’aménagement de Moscou, parle de la rénovation du parc résidentiel comme projet transversal de modernisation de la ville

Marat Khousnoulline dirige les Services des politiques urbaines et de construction de la Ville de Moscou depuis 2013. Son parcours professionel commence dans un laboratoire à l’Institut d’Etat de finance et d’économie de Kazan dont il est diplômé. Après un passage dans l’entreprise, il devient Ministre de la construction, de l’architecture, du logement et des services publics de la République autonome de Tatarstan. En 2000 il pousuit une formation continue en Grande Bretagne – Open University – avec un certificat de management. Candidat ès sciences économiques. Décoré des titres de Constructeur émérite de la Fédération de Russie et de Constructeur émérite de la ville de Moscou. Chevalier du 4e degré de l’Ordre du mérite devant la Patrie.

Nous vivons dans l’ère de globalisation. Aujourd’hui, le taux de population urbaine dans le monde s’élève à 50% alors que vers 2035 ce chiffre passera à 70%. Dans la compétition globale des villes, Moscou, en tant que l’une des plus grandes métropoles au monde, se bat pour le capital humain. La qualité de ce capital humain – des actifs disponibles, éduqués, formés, influe directement sur la compétitivité de cette métropole. Nous considérons la rénovation comme un outil pour élargir les opportunités pour les habitants citadins. L’objectif principal du programme est de créer un milieu urbain confortable pour vivre et travailler.

Après la rénovation, les quartiers dotés avec une nouvelle qualité d’urbanisme, un nouveau mode de vie et une nouvelle économie verront le jour. La mise en œuvre du projet permettra de développer de nouvelles pratiques de création du milieu résidentiel et des espaces publics, recourir à des solutions innovantes en matière de transport, d’infrastructures, de construction et de services sociaux. Le programme de rénovation offre une chance de reformater l’industrie nationale. Et c’est aussi une opportunité pour améliorer l’aspect architectural de la capitale en général, augmenter le niveau de sa culture.

Le programme suppose une planification transversale des territoires par quartiers. Ce principe d’aménagement permet un meilleur usage de l’espace urbain, plus rationel et efficace. Les logements créés dans le cadre du programme de rénovation pourront concurrencer en qualité les projets des promoteurs indépendants.

Près de 1 million de mètres carrés de futurs logements se trouve à l’étape finale de construction ou bien en cours d’adaptation aux normes du programme de rénovation. Les premiers nouveaux appartements seront proposés aux Moscovites dès le premier trimestre 2018. Encore 236 sites qui présentent un potentiel d’aménagement urbain de 3,5 millions m² font l’objet d’études. La Ville de Moscou est d’ores et déjà prête à lancer la première vague de relogement dans le cadre du programme de rénovation. Dans ce but, la ville dispose des actes législatifs, des capacités de construction, des fonds nécessaires.

Marat KHOUSNOULLINE

Mais il faut considérer le programme de rénovation du logement dans un sens plus large. La rénovation n’est pas seulement la démolition de khrouchtchevki (immeubles de quatre étages aménagés sous Khrouchtchev) obsolètes et la construction de nouveaux ensembles. C’est un projet transversal de modernisation de la ville entière, d’amélioration de ses opportunités. La mise en œuvre du programme de rénovation du logement permettra aux autorités de Moscou de résoudre plusieurs problèmes en même temps: développer le métro et tout le système de transports, régénérer les friches industrielles, créer des zones d’activités professionnelles et des espaces publics. Le projet concerne tous les secteurs du développement urbain.

Il est impossible de rénover sans résoudre les problèmes de transport. L’objectif principal de ce travail est de changer la situation de transport à Moscou, en créant les conditions les plus confortables possibles pour les transports collectifs. Nous construisons le métro, les chemins de fer, les pôles d’échanges intermodaux, le réseau routier et, en général, nous changeons la politique d’urbanisme. C’est sans doute la plus importante réalisation du développement urbain de n’importe quelle métropole.

Résulat du projet sans précédent de développement du métro: le réseau de métro à Moscou s’est étendu de 30%. En 2018–2021, nous prévoyons de mettre en service encore 137 km de lignes, 60 stations et huit dépôts. La mise en service du Cercle central ferré de Moscou (MCC) a permis de créer quelques 300 nouveaux trajets de mobilité dans la ville et de réduire ainsi le temps de trajet d’un passager de plus de deux fois. Les territoires attenants au MCC d’une superficie de 10,8 hectares représentent un potentiel énorme de construction.

Le troisième réseau de correspondance est le projet le plus important de l’histoire du métro de Moscou, dont le résultat principal sera l’optimisation des flux de mobilité. Cette deuxième ligne circulaire du métro réunira toutes les lignes radiales existantes et prévues en devenant la ligne de métro la plus longue du pays, voire du monde. Le troisième réseau devrait être achevé en 2020.

La coopération des autorités de Moscou avec la Compagnie nationale des chemins de fer russes (RZD) dans le domaine de développement du transport ferré s’étend non seulement sur la ville, mais aussi sur l’ensemble de l’agglomération de Moscou. A terme, le volume du rail doublera. En sept ans, nous avons aménagé ou reconstruit 189 km de voies ferrées. On prévoit de mettre en service 224 km de lignes, six nouvelles gares, 10 ouvrages d’art dans les trois prochaines années. Le système de nouvelles lignes à grande vitesse permettra de lancer des trains de traversant Moscou pour relier les villes-satellites de la capitale. Des nouveaux itinéraires diamétraux connectés au métro et au MСС réduiront le temps de trajet par 2 fois en moyenne, l’intervalle entre les trains aux heures de pointe sera de six minutes.

Le projet de voirie le plus ambitieux de la capitale est la construction d’autoroutes urbaines tangentielles. Les tangentielles Nord-Ouest et Nord-Est et la rocade Sud forment un nouvel anneau routier. L’étendue du réseau routier de Moscou a progressé de 15,6%, le nombre d’ouvrages d’art (routes surélevées, ponts, tunnels) a augmenté d’un tiers. La nouvelle approche au développement de l’infrastructure routière a donné ses résultats: en 2017, la congestion des routes par rapport à l’année précédente a diminué de 6% et la vitesse moyenne du transport a augmenté de 13%. L’amélioration peut paraître insignifiante, mais sans ces efforts la ville aurait été bloquée dans un embouteillage intégral déjà en 2013.

Une autre composante du développement du système de transport de Moscou est l’aménagement des gares intermodales (les « hubs »). Le réseau intermodal permettra de relier toutes les modes de transports urbains au sein d’un seul système. Le potentiel total d’aménagement urbain relatif aux hubs s’élève à 14,5 millions de mètres carrés. Les grands pôles d’échanges multimodaux abriteront un immobilier multifonctionnel comprenant des parkings multi-niveaux, des équipements publics, des centres commerciaux et de loisirs. Ce qui rendra le transport confortable pour les passagers et permettra de créer de nouveaux emplois dans les territoires attenants aux pôles intermodaux.

Nous considérons le programme de rénovation des friches industrielles comme un projet majeur d’urbanisme visant à rendre aux moscovites les territoires au centre de la capitale russe. Le développement des zones industrielles permet de réaliser le potentiel de développement urbain sans densifier les zones résidentielles existantes. A l’emplacement des industries obsolètes, on verra apparaître le métro et un réseau routier, des zones résidentielles modernes et confortables, des centres de bureaux et des business parcs, des équipements sportifs et des zones de récréation. Les anciens territoires dépressifs seront ainsi intégrés dans l’économie de la ville.

Le Nouveau Moscou est un projet de développement innovant dont la mise en œuvre a permis de développer des nouvelles approches mettant en valeur l’approche transversale de l’urbanisme. Cette stratégie correspond au principe du développement polycentrique de la capitale. Le principal moteur de développement des territoires rattachés à la ville est la création des emplois et des centres d’activités professionnelles.

Le niveau de garanties sociales que Moscou offre actuellement à ses résidents est l’un des plus élevés au monde. En sept ans, nous avons construit plus de 480 équipements d’infrastructure sociale dans la capitale russe. Au cours des deux prochaines années, 72 lycées et 56 écoles, 62 établissements de santé et 20 établissements culturels seront mis en service. Une telle dynamique d’aménagement favorise l’amélioration de la qualité des services d’éducation et de santé.

La Ville de Moscou accueille la Coupe des Confédérations en 2017 et la Coupe du Monde de football en 2018, ce qui a donné une impulsion pour construire des équipements sportifs. En sept ans, 85 équipements ont été mis en service et encore 40 autres seront aménagés avant 2020. Après le Mondial, les stades de niveau international deviendront des centres d’éducation physique et de sports, de promotion de la santé. Les objectifs des autorités municipales et les centres d’intérêt de la majorité des moscovites convergent sur ce point.

La création d’un nouvel environnement culturel dans la ville est également au coeur des politiques municipales. Le développement des territoires adjacents à la rivière Moscova implique la construction de 24 nouveaux ponts, l’aménagement de 120 km des quais et de 40 nouveaux espaces publics. Cette année, la capitale a vu apparaître un espace récréatif de niveau mondial – le parc Zaryadyé – alors que l’année prochaine, le parc d’attractions pour enfants « L’île de rêves » complètera sa prestation. En sept ans, nous avons créé plus de 80 parcs publics et réaménagé 140 rues au total.

L’agglomération de Moscou constitue le plus grand bâtisseur en Russie et dans le monde. La dynamique et le volume de construction augmentent chaque année. En sept ans, près de 58 millions de mètres carrés d’immobilier, dont 22,2 millions de mètres carrés de logements, ont été mis en service. Il faut noter que la ville était engagée dans la rénovation de logements depuis 18 ans. Mais le programme municipal précédent était composé d’interventions ponctuelles. A l’inverse, le programme actuel fixe un autre cap : créer un nouveau mode de vie urbain. Il s’agit des approches complètement différentes de la planification urbaine.

Après étude de l’expérience internationale, nous constatons être les seuls au monde pour l’instant à avoir osé reconstruire une grande partie de la zone bâtie de la ville pour résoudre les problèmes de logement de plus d’un million de personnes. De ce fait, la nouvelle image de Moscou ne ressemblera à aucune autre métropole au monde.