Valentina SUSHKO. L’homme est plus important que les standards

Valentina Sushko

maître de conférences en méthodologie des études sociologiques de l’Université d’État de Moscou (MGU), candidat en sciences sociologiques

Il faut donner une multitude de choix à chaque bénéficiaire du programme

Le programme de Moscou de réinstallation des immeubles de quatre étages a provoqué une réaction controversée de la population: une partie de Moscovites a applaudi ce nouveau projet en attendant le déménagement dans un meilleur logement, l’autre s’est montrée contre, parce qu’elle croyait que les droits de propriété et la volonté des citoyens étaient violés. En septembre et octobre de l’an 2017 sur ordre du Centre d’urbanisme Gorod on a mené une étude qualitative, dont le but était de recueillir et d’analyser des informations sur la mise en œuvre du programme et d’élaborer des recommandations sur la planification tactique et stratégique et pour prévenir des conflits et des tensions sociales. Plus de 20 experts de divers domaines y ont pris part: architectes, développeurs, spécialistes de gestion des conflits, politologues, investisseurs, juristes. On a analysé les interviews avec eux.

Base conceptuelle de la rénovation: principaux problèmes. Les principales plaintes et préoccupations des experts sont liées au support conceptuel de la rénovation. Le mécontentement principal est lié à CE qui est proposé, COMMENT il est proposé, A QUI et QUI le propose.

En résumant les points de vue des experts, nous pouvons identifier les principaux problèmes. Le programme ne correspond pas aux impératifs de l’époque: la rapidité de création du concept de rénovation n’a pas permis de former une approche fondamentalement différente de l’évolution de l’environnement urbain par rapport au XXe siècle. En conséquence, une divergence est apparue entre les nouvelles réalités et les anciens mécanismes conçus pour résoudre les problèmes de ces nouvelles réalités.

Compte tenu des différences de groupes sociaux en termes de valeur, de propriété et de caractéristiques sociales, les experts ont convenu qu’il est nécessaire de ne pas rassembler tous les Moscovites sur un territoire mais de créer des environnements socialement homogènes. Il devrait être possible de choisir un environnement, mais moyennant des frais.

Identifier le niveau de tension sociale. Les attitudes sociales des citoyens sont l’un des indicateurs importants du niveau de stabilité sociale dans la société. Après l’annonce du projet de rénovation du logement, le niveau de tension sociale a fortement augmenté, puis il a été caractérisé par des pics et des récessions. D’abord, une tension sociale latente, puis ouverte a émergé dans la société, qui s’est transformée en conflit. Les résidents solitaires et des groupes entiers créés à l’initiative des résidents ont commencé à prendre des déclarations ouvertes contre le programme, puis ces groupes ont commencé à croître et à se consolider.

Au cours de l’année, la situation s’est stabilisée principalement grâce à la création d’initiatives législatives, à l’adoption des lois pertinentes; au travail avec des citoyens actifs, des résidents et des conflitsologues; au changement partiel dans la tactique des autorités; à l’organisation des audiences publiques et des réunions.

Les participants à l’étude constatent que le niveau de tension sociale est actuellement dans la fourchette admissible et n’est pas critique, mais notent que les conflits peuvent survenir avec une nouvelle force.

Les experts ont identifié les causes des conflits éventuels. Pour les participants à la rénovation, ces causes sont liées aux problèmes de réception du logement, l’emplacement exact et les conditions de réinstallation des différents groupes sociaux; avec la finition des appartements faite pour le compte des locataires; avec la possibilité d’entrer et de sortir du programme. Parmi les raisons on compte aussi le manque d’information, la divergence entre les promesses et l’état réel des choses; les différentes positions conceptuelles et les intérêts différents des habitants ayant opté pour la rénovation (certains ont une attitude dépendante: qu’on me donne ce qu’on me doit, les autres ont une position d’un citoyen actif: je n’en ai pas besoin, je peux acheter ce qu’il me faut). Pour les habitants de Moscou qui ne participent pas au programme, l’impulsion aux conflits peut être les problèmes associés à la construction des bâtiments pour la rénovation et de l’infrastructure associée.

Façons de construire un dialogue entre le pouvoir et la société. Selon les experts, le plus important est la capacité des autorités à engager un dialogue avec la société, à organiser un polylogue, à résoudre les problèmes avec la population dans des conditions de pluralisme des points de vue et des positions.

Du point de vue des spécialistes des sciences sociales et des conflits, le processus de discussion de sujets importants, le développement du discours public est très important. Par conséquent, en travaillant avec les participants au projet, il est nécessaire:

  • d’encourager tout regroupement, des comités qui mettront leurs points de vue en vie; de soutenir l’initiative plutôt que de descendre des directives;
  • de développer des mécanismes institutionnels et organisationnels pour organiser des clubs de discussion (créer des dispositions sur la base de quelles organisations peut-on créer des clubs pareils – sur la base du syndicat de copropriétaires ou des maisons incluses dans le programme, quel statut formel ont-ils; des groupes officiels ou non officiels créés dans les réseaux pourraient se produire en tant que ces clubs); créer des plateformes pour un tel discours;
  • de tenir des audiences publiques régulièrement; discuter des problèmes actuels: par exemple, auparavant la question primordiale était: «Comment voter correctement pour décider le sort de la maison?», maintenant, les participants au programme se demandes plutôt: «Où je vais vivre? Et si, moi et ma famille, on nous reloge en dehors du MKAD?».

Il faut également mener le dialogue avec ceux qui ne sont pas concernés par le problème de la rénovation. Le principal problème dans cette direction est le manque d’élaboration conceptuelle du programme et de l’interconnexion des intérêts des différents groupes sociaux: résidents, promoteurs, représentants des autorités municipales, représentants du monde d’affaires etc.

Les participants à l’étude suggèrent d’utiliser une approche système à la rénovation, d’envisager un horizon de conception plus large pendant le programme. Les experts notent qu’il faut répartir les problèmes entre le niveau fédéral et celui municipal. Pour éviter de nouvelles vagues de tension, à leur avis, on pourrait créer de manière proactive les documents nécessaires, des divers éditions de référence pour les réinstallés en utilisant des diverses ressources électroniques et d’impression.

Concept du futur logement: diversifier l’offre. Puisque les participants au projet soient des consommateurs différents, il doit y avoir une diversification de l’offre. Les experts ont identifié les exigences que les consommateurs modernes présentent au logement moderne. Les gens travaillent dans de nouvelles conditions aujourd’hui. Si auparavant pour plusieurs c’est surtout le problème d’accessibilité des transports qui était actuel et le temps mis pour aller au travail, le consommateur contemporain est un client flexible, pour qui l’organisation de l’espace de vie compte. C’est un consommateur qui peut travailler à distance, a une voiture, et donc pour lui c’est la disponibilité des autoroutes qui compte, il souhaite passer le temps de loisirs dans le quartier de sa résidence. Le slogan des experts: le capital humain doit corréler avec l’environnement physique.

Les interrogés proposent de créer un système transparent d’amélioration des conditions de logement. Dans ce cas, la participation à la rénovation n’est pas seulement un déménagement, mais la pluralité d’options de «sauter à 10, 50 ou 100 mètres» en fonction des capacités individuelles et de la bourse du Moscovite contemporain.

Rénovation – possibilité de créer un environnement urbain confortable. Les immeubles en panneaux et briques des séries types, massivement construits en URSS de la fin des années 1950 jusqu’au début des années 1980, communément appelées «khrouchtchevkas», ont été conçues pour améliorer la situation de vie des Moscovites qui vivaient auparavant dans une baraque et se blottissaient dans un appartement communal. La mission du nouveau projet est la même – améliorer les conditions de logement de divers groupes sociaux.

La position des participants à l’étude concernant la densité des bâtiments et le nombre d’étages est ambiguë. Le premier groupe d’experts estime que la densité de Moscou a déjà atteint sa limite et devrait donc rester inchangée.

Le deuxième groupe estime qu’il est possible de construire des immeubles de grande hauteur de 25 étages dans la capitale. Les arguments sont les suivants: une densité croissante contribue à augmenter l’activité économique; aujourd’hui, il y a une génération de personnes qui passent le plus de leur temps au travail et qui ne rentrent à la maison que pour passer la nuit. Pour eux ce qui compte c’est la disponibilité de l’infrastructure sociale dans le quartier de résidence, y compris les centres récréatifs et de loisirs et le système d’approvisionnement alimentaire de la ville.

Le troisième groupe estime que dans certains quartiers on a déjà un milieu confortable et il est nécessaire de préserver les espaces des cours, la construction par quartiers créée à l’époque socialiste, surtout les objets qui ont une valeur historique. L’idée de partisans de ce point de vue: la continuité, mais avec l’équipement et les technologies modernes. Enfin, il existe des experts qui considèrent qu’un environnement confortable est un environnement différent.

Le concept de base de la rénovation de logements soutenu par tous les experts est la création d’une ville belle et pratique. Les interrogés ont identifié les éléments clés de l’infrastructure dans les quartiers de la capitale (dans les quartiers nouveaux construits pour les habitants relogés des immeubles de quatre étages, aussi bien que dans le centre historique). Ce sont les parkings et les routes d’accès aux autoroutes, aux échangeurs autoroutiers; les jardins d’enfants, les écoles; les magasins (formats différents de vente au détail); les locaux multifonctionnels, facilement transformables situés aux rez-de-chaussées des immeubles (pour les louer aux petites entreprises afin de s’adapter rapidement aux capacités du quartier en question); des parcs et des espaces verts; des aires de jeux pour enfants, des aires sportifs, des clubs de remise en forme, cafés.